Philippe CAILLÉ au Congrès d'EFTA Paris 2010

Grâce à la persévérance de nos collègues de l’EFTA, Thomas SCHWAB et Hans Christian MICHAELSEN, nous venons d’apprendre que Philippe CAILLÉ, dont nous n’avions plus de nouvelles, était décédé le 15 octobre 2022.

Nous pouvons donc maintenant et, un peu tardivement, lui rendre l’hommage qui lui est dû.

Nous, la première équipe du CERAS de Grenoble, l’avions rencontré lors d’un des congrès fondateurs de thérapie familiale, à Florence au début des années 1980.

Assistant à son workshop nous avions immédiatement été enthousiasmés par la clarté de ses propos, son argumentation logique, son expérience clinique et la pertinence d’un discours porté par une voix profonde au débit lent qui cherchait la précision du mot. Aussitôt nous l’avons recruté comme superviseur. Très vite nous avons été confrontés à son niveau d’exigence et son extrême rigueur. Sa bienveillance contenante, à la fois rassurante et déstabilisante, n’était jamais complaisance.

Son intérêt profond pour le langage non verbal nous a familiarisés avec l’utilisation de techniques telles les sculptures familiales.

C’est sur ce terreau et le développement de la pensée complexe que s’est élaborée, dans un dialogue aussi dense, foisonnant que passionné, toute une méthodologie d’entretien systémique connue sous le terme « d’objets flottants ». Pour Philippe CAILLÉ, breton d’origine, l’objet flottait sur la mer et balisait l’espace thérapeutique en le définissant comme tel. Pour moi, il s’agissait plutôt d’une sorte de montgolfière qui permettait de découvrir le paysage d’où surgissait le problème ou les difficultés rencontrées par les consultants. En fait, un objet flottant ça flotte et ça vole ! De la planète Alpha (celle de réparation) à la planète Bêta (celle de l’exploration et du questionnement). Philippe CAILLÉ aimait aussi les définir comme rituels thérapeutiques qui donnent un cadre, des règles, proposent des séquences, des phases et donc un déroulement temporel. C’est une expérience de communication unique et originale reposant sur deux axes : l’éthique et l’esthétique. L’éthique, c’est que cette expérience permet d’augmenter le champ des possibles. L’esthétique, en tant que stimulation à la créativité de tous les partenaires qui de patients deviennent acteurs du changement.

Une autre dimension apportée par Philippe dans ce travail au long cours, c’est le souci d’introduire une marge, du manque, voire du vide dans un monde bruyant, dominé par le « trop plein ». D’où la chaise vide, la carte blanche au jeu de l’oie, l’inachèvement du conte, les cases blanches du blason, le double fond du panier à problèmes….Et c’est dans cette marge que surgira un surplus de sens.

Ce bref hommage n’est qu’un aperçu de la densité, de l’importance de la contribution et de l’apport de Philippe CAILLÉ à l’évolution de la thérapie familiale systémique en Europe, aux perspectives qu’il a dessiné.

MERCI, merci infiniment Philippe, tu as été notre guide, notre grand et si cher ami. Longtemps tu continueras à nourrir et à inspirer la réflexion des praticiens de la thérapie familiale. L’objet flottant poursuivra son vol, tracera des limites sur l’océan déchaîné de l’espace thérapeutique et s’enrichira de nouveaux apports.

Yveline REY

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